HARCÈLEMENT AU TRAVAIL : COMMENT S’EN SORTIR ?

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Vous avez la boule au ventre quand vous allez travailler le matin, vous avez peur des reproches de vos collègues, de votre supérieur ? Vous êtes certainement dans une situation de harcèlement moral. Dans cette situation, il ne faut surtout pas baisser les bras mais tout faire pour faire cesser cette situation de harcèlement.

Harcèlement : de quoi parle-t-on ?

Le harcèlement moral au travail, c’est quand on est en présence d’un comportement abusif d’un collègue. C’est souvent un supérieur hiérarchique, mais pas tout le temps. Un comportement abusif est un comportement sortant du raisonnable et de la bonne foi. Alors, il y a souvent une superposition de manquements. Un acte isolé n’est pas suffisant pour caractériser le harcèlement moral, il faut plusieurs actes. On se sent irritable, on se sent désemparé. Dans ces cas-là, il ne faut jamais rester isolé. Il faut déjà commencer à en parler à des personnes de confiance et à s’entourer. On peut aller voir un avocat pour identifier la situation, savoir s’il s’agit de harcèlement moral ou non. Il faut parler avec quelqu’un pour que cette personne nous dise “tu es vraiment dans un cas de harcèlement moral”. Pour commencer, nous vous proposons notre test sur le harcèlement, cliquez ici

Le harcèlement moral : 3 types de symptômes

– La 1ère phase est la phase d’alarme : vous êtes irritable, déprimé, fatigué. Le travail que vous avez à accomplir est de plus en plus laborieux et vous avez des troubles physiques comme un mal de crâne, la boule au ventre.

– La 2ème phase est la phase d’état, plus grave. Celle-ci se traduit par l’épuisement et l’incapacité d’effectuer des opérations simples et il peut y avoir de vraies maladies qui apparaissent comme l’hypertension, le diabète, les ulcères.

– La 3ème phase est celle de décompensation, gravissime. Elle se traduit par une indifférence totale pour le travail et même des idées noires. Il ne faut jamais arriver jusque-là.

Très souvent, la personne dans une situation de souffrance a tendance à se replier sur elle-même. Ça peut aller assez loin et conduire au burnout, à la dépression voire à des idées suicidaires.

Qui doit agir ?

Plusieurs personnes peuvent agir : la victime, les proches, un témoin. Il y a une question d’aide à personne en danger dans certains cas. Il s’agit d’aider la personne à prendre du recul sur ce qu’elle vit, l’interroger : «  Mais est-ce que tu es sûr ? ». Et puis l’aider à formaliser, à regarder les faits. La personne  a besoin de s’exprimer, de sortir de son isolement, ou de ne pas être agressive. Le fait de pouvoir la laisser s’exprimer va lui permettre ensuite à un moment donné de se rendre compte de la situation : « bah oui c’est peut-être pas normal, peut-être que je devrais en parler ». Et là, il y a différents relais en interne ou en externe.

Identifier l’auteur du harcèlement

Ça peut être un de vos collègues, ça peut être le chef d’entreprise, ça peut être simplement votre supérieur hiérarchique. Déjà, il peut y avoir un malentendu : la personne ne s’en rend pas compte. Donc c’est bien d’essayer de prendre un rendez-vous et de lui dire : “voilà, je ne comprends pas ce qu’il se passe”. Si vous n’y arrivez pas, vous pouvez en parler au supérieur en disant : “je vis une situation difficile et je n’arrive pas à en parler”. Vous pouvez  alerter l’employeur. Ce dernier est responsable de la sécurité des salariés dans l’entreprise, il doit faire quelque chose et essayer de savoir si les faits sont avérés ou non.

Harcèlement : comment agir ?

Tout d’abord, il faut aller voir son médecin pour protéger sa santé. Le médecin vous écoutera et prendra les mesures adéquates. Il pourra éventuellement vous mettre en arrêt maladie et vous prescrire des médicaments. Il faut ensuite aller voir le plus tôt possible un avocat pour vous aider à comprendre l’origine du harcèlement. Bien souvent, cette origine se traduit par un contexte particulier. Par exemple, un supérieur hiérarchique voulant masquer sa propre incompétence en rejetant la faute sur son subordonné et l’utilisant comme bouc émissaire…L’avocat vous accompagnera stratégiquement, vous donnera des solutions aussi humainement et c’est très important. Il vous aidera à rédiger les mails que vous enverrez à l’employeur. N’hésitez pas à visionner notre vidéo sur le sujet en cliquant ici

La démission : une solution adéquate ?

La démission est le réflexe naturel de votre envie de partir. Même si vous démissionnez, rien n’est perdu. Vous pouvez quand même saisir le conseil de prud’hommes. Il faut faire établir par le conseil des prud’hommes que la démission résulte directement d’actes de harcèlement moral. Vous pouvez alors arriver à faire requalifier la rupture aux torts exclusifs de l’employeur et obtenir des dommages et intérêts. Avant ça, vous pouvez essayer de le faire savoir à votre employeur. Pour ce faire, un mail semble être la solution adaptée. En effet, une lettre recommandée peut être perçue comme une déclaration de guerre. Il faut donc privilégier, si possible, un mail d’apaisement. Ce mail est une trace écrite et peut servir en tant que preuve pour démontrer que ce que vous subissez a été porté à la connaissance de l’employeur.

Des risques de licenciement ?

La médecine du travail peut déclarer inapte un salarié  lorsqu’il est dans un état psychologique critique. L’employeur, avec l’aide de la médecine du travail, a la possibilité d’adapter le poste du salarié pour qu’il puisse travailler dans de meilleures conditions. L’employeur peut également faire des recherches de reclassement. Lorsque l’origine de l’inaptitude est le harcèlement moral, l’employeur n’a pas le droit de licencier le salarié. Si ce dernier est licencié, il a la possibilité de demander une indemnisation devant le conseil de prud’hommes.

Harcèlement : comment porter plainte ?

Tout d’abord, il faut être irréprochable. Le salarié doit être sur de ce qu’il avance. Il a été jugé que colporter de fausses rumeurs est constitutif de harcèlement moral vis-à-vis de l’employeur. Il faut donc faire extrêmement attention et rester vigilant. On porte plainte au pénal en général dans les cas de harcèlement moral grave. Il reste le civil sinon, si la plainte est classée sans suite. Cependant, il y a une prescription de 5 ans en matière de harcèlement moral à compter du dernier acte de harcèlement. Au pénal, la prescription n’est que de 3 ans. Il faut trouver le conseil de prud’hommes compétent et envoyer une lettre recommandée de saisine. Cette lettre contient des mentions obligatoires, il est donc recommandé de la faire rédiger par un avocat.

Harcèlement : comment le prouver ?

Dans le domaine du harcèlement moral, la preuve peut être difficile à apporter. Il peut être délicat de demander à ses collègues d’attester de ce qui s’est passé lorsqu’ils ont été témoins de scènes de harcèlement. Le mieux est de demander à des personnes extérieures, soit par exemple à des clients qui se seraient trouvés par hasard sur les lieux, ou à des anciens salariés qui se sont retrouvés dans la même situation. Le mail est le meilleur ami du salarié dans ce genre de cas. Le mail relate effectivement des faits constitutifs du harcèlement moral sans s’énerver et sans attaquer l’employeur.

 

Vos questions :

Je suis secrétaire depuis 5 ans dans la même entreprise, on ne m’a jamais rien reproché et pourtant deux collègues ont eu de l’avancement et pas moi. S’agit-il de harcèlement moral ?

Dans votre cas, il faut identifier si cela relève du harcèlement moral ou plutôt d’une question managériale, d’équité ou de politique salariale. Concernant les promotions de vos collègues, on peut s’interroger : est-ce à travail égal, salaire égal, parcours égal ? C’est plus une question de politique salariale. Votre situation pourrait être du harcèlement moral si on vous empêche de vous exprimer par rapport à votre situation, si vous êtes un peu isolé, si vous êtes déconsidéré….

Je travaille dans une entreprise, on nous en demande toujours plus mais parallèlement on ne cesse de diminuer les moyens qui nous sont accordés pour atteindre les objectifs. Que faire ?

Là ce que vous abordez c’est la question des moyens de faire son travail. Si les moyens ne sont pas donnés, c’est la responsabilité de l’employeur, à la fois en terme de moyens matériels, de compétence, de moyens de sécurité…Maintenant est-ce qu’au delà de ces moyens, il y a une violence psychologique derrière ?  C’est la situation de harcèlement moral. C’est un cheminement qui est déjà très long avant de s’en apercevoir, avant d’oser prendre la parole, de mettre des mots dessus. Il faut pourtant agir le plus rapidement possible afin de régler les choses.

Mon entreprise ayant été rachetée, j’ai été envoyé dans une filiale à 60 km de chez moi. Puis les services ont été regroupé, j’ai dû quitter mon bureau pour un open space. Aujourd’hui on voudrait me muter dans une autre succursale, je m’y oppose, que faire ?

C’est une situation compliquée humainement à vivre, avec plein de rebondissements. L’instabilité est physique en termes professionnels, et puis psychologiquement, l’avenir est complètement incertain. Est-ce qu’il y a une différence de traitement entre ce que vous vivez et ce que vivent vos collègues ? Est-ce-qu’il y a une rétrogradation de poste en même temps ? Tout ce qui va permettre d’objectiver ça ce sont les compte-rendus de réunion avec les représentants du personnel, des notes internes, les emails… La manière dont tout ça est dit et fait, ce n’est pas tant les événements mais c’est aussi la manière dont c’est dit et fait. Est-ce que c’est un cas isolé, est-ce que c’est toute l’entreprise qui est dans des enjeux de restructuration et complètement instable en ce moment ? Dans votre cas, il y a une opposition exprimée non entendue et c’est tout l’enjeu de la relation, salarié-entreprise, entreprise-direction.

Mon épouse a voulu dénoncer ses conditions de travail et son employeur a retourné la situation contre elle. Elle a reçu des mails la traitant d’emmerdeuse, son employeur a fait signer une pétition aux employés pour demander sa démission. Le psy en a conclu que c’était une souffrance au travail. Mon épouse vit depuis des mois à la maison, renfermée sur elle-même. On a fait une démarche de reconnaissance de maladie professionnelle auprès de la caisse primaire de l’assurance maladie. Que faire ?

L’important, et c’est primordial, est de constituer des preuves du harcèlement moral. Elles peuvent être des mails, des témoignages de salariés ou de personnes extérieures.  Ici, nous avons un message d’un médecin spécialisé pour faire reconnaître la maladie professionnelle. Cependant, c’est rarement reconnu sauf cas particulier. Ce sont des cas bien spécifiques de reconnaissance en maladie professionnelle. Ce qu’il faut faire c’est surtout ne pas rester seul, se faire entourer, se faire aider. Quand on est victime de harcèlement moral, il faut pouvoir se concentrer sur son avenir professionnel, et pouvoir compter sur quelqu’un pour vous aider à traiter la situation actuelle.

Je suis en plein contentieux pour harcèlement moral et je ne veux absolument pas retourner dans l’entreprise et devoir cotoyer mes collègues ainsi que mon employeur. Que faire ?

C’est très difficile de côtoyer ses collègues et ses supérieurs hiérarchiques dans le cadre d’une situation de harcèlement moral alors que le contentieux est en cours. Il existe des solution alternatives. On peut essayer d’envisager avec l’employeur une possibilité de mutation et intégrer un autre poste avec de nouveaux collègues. Si ce n’est pas possible, il y a une solution juridique : la prise d’acte de rupture. On saisit le juge, on lui demande de valider la fin du contrat de travail et d’imputer la rupture aux torts de l’employeur. Il faut démontrer bien sûr le harcèlement moral. Le problème c’est que si on est débouté, la rupture provoque les effets d’une démission.  Il faut donc avoir un bon dossier constitué de preuves suffisantes.

Depuis un petit moment, je refuse de faire des heures supplémentaires puisque la dernière fois que j’en ai fait on ne me les a pas payées. Les conditions avec mes supérieurs hiérarchiques se dégradent depuis, peut-on considérer cette situation comme du harcèlement ?

Si ces heures ne sont ni payées ni compensées, il n’y a pas de droit pour l’employeur de les imposer. La question qui se pose ce sont les mesures de sanctions un peu déguisées découlant du refus de les accomplir. Concrètement, ça peut constituer, si vous êtes le seul confronté à cette situation, une forme de harcèlement, mais il faut voir après comment ça se manifeste.  Est-ce qu’on vous met à l’écart,  est-ce que ça se traduit tout simplement par le fait de ne pas vous offrir les capacités d’un certain nombre d’avantages ? La situation de harcèlement se caractérisera selon le contexte. Le mieux serait d’écrire un mail à votre employeur expliquant la situation et votre désir d’améliorer cette situation.

Je suis à la retraite depuis un an mais j’ai travaillé 44 ans dans une administration, j’ai fait 14 demandes pour monter en grade et on m’a dit “oh bah non vous êtes pas capable”. Et j’ai fait un bilan de compétences et c’est ce qui m’a sauvé professionnellement. Parce qu’il s’est avéré avec ce bilan que je n’étais pas nulle du tout, au contraire. Il se trouve que je suis payée en réalité 8% de moins que mes collègues.

Ce que vous décrivez, c’est un problème de discrimination professionnelle, ou discrimination salariale dans le cadre de votre carrière sur l’accession à un poste, c’est encore distinct du harcèlement moral. Ce n’est pas une situation de harcèlement moral.

J’ai travaillé dans une très grande société et j’ai subi du harcèlement moral. J’ai  signalé mes problèmes, mes conditions de travail au médecin du travail. Au bout de 42 ans de carrière on m’a mis un blâme et une mise à pied. J’ai saisi le tribunal mais  malgré un dossier extrêmement complet, le tribunal administratif vient de donner raison à cette société.

La réalité est qu’au final c’est le juge qui aura le dernier mot. Le juge décide si les faits sont constitués ou non. La démarche faite, elle est bonne. C’est-à-dire à la fois de constituer le dossier avec des courriers, avec des témoignages… Il faut dans tous les cas effectuer la démarche. Vous avez des gens qui tombent dans des dépressions graves à  la suite de ce genre de faits. Le fait d’écrire à son employeur, c’est une manière de dire « je refuse de subir ces agissements”.

 

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